Salut !
«Le visage est ce qui ne peut devenir un contenu, que votre pensée embrasserait ; il est l’incontenable, il vous
mène au-delà »C'est un passage assez compliqué accroche-toi !
Je te mets le passage complet de l'oeuvre de Levinas pour que tu situes le contexte : "En toute signification, au sens habituel du terme, le sens de quelque chose tient dans sa relation à autre chose. Ici, au contraire, le visage est sens à lui seul. Toi, c'est toi.
En ce sens, on peut dire que le visage n'est pas "vu". Il est ce qui ne peut devenir un contenu, que votre pensée embrasserait ; il est l'incontenable, il vous mène au-delà. C'est en cela que la signification du visage le fait sortir de l'être en tant que corrélatif d'un savoir. Au contraire, la vision est recherche d'une adéquation ; elle est ce qui par excellence absorbe l'être."Petite explications :En règle générale, une chose tire son sens de sa situation par rapport à autre chose.
Mais ce n’est pas le cas d’autrui ("Le visage d’autrui est sens à lui seul", "Toi, c’est toi").
Lévinas entend souligner
l’absolu de la personne d’autrui.
Voir, c’est s’approprier l’objet que l’on voit. Pourtant, autrui ne peut être l’objet d’un savoir, et ce en raison de son altérité.
Contenir un visage, ce serait contenir l'Homme qui est derrière ce visage
(c'est donc impossible).Notre pensée ne peut pas contenir un visage comme l'on contiendrait un objet inanimé par exemple.
Mettons que je m'intéresse à une pomme : je vais en observer les contour, la consistance, voire même en apprécier le goût.
Lorsque je suis face au visage d'autrui, je ne peux pas me l'approprier de la sorte. Le visage représente l'autre dans sa singularité. Or, il est impossible pour moi de saisir l'entièreté de l'autre (je ne connais pas son histoire, sa manière de manifester ses émotions etc).Levinas indique que la personne d’autrui transcende le monde sensible :
le visage n’est pas “ vu ”.Or, à l’évidence, nous voyons le visage d’autrui puisqu’il apparaît dans le monde qui nous entoure.
Cependant, ce n’est pas à partir de la perception visuelle qu’on peut découvrir sa
signification (ce n'est pas en voyant le visage d'autrui que l'on connaît autrui).Autrui ne peut pas être englobé par la vision de son visage.Il y a donc d’un côté tous les autres éléments du monde qui nous entoure qui forment un ensemble pouvant être englobé par la pensée, et, de l’autre côté, la personne d’autrui qui ne se laisse pas enfermer dans cet ensemble.
C'est pour cela que cette relation n’est pas de même nature que la relation que nous entretenons avec toutes les autres choses qui nous entourent :
la relation avec autrui est une « relation d’emblée éthique ».
Levinas va poser cette rencontre avec autrui comme le point de départ de « Tu ne tueras point »Ici c'est plus simple à concevoir :Tuer, c’est détruire, c’est faire passer l’être vivant et mortel à l’état de cadavre, autrement dit de chose.
SI l'on considère que le visage représente l'altérité,
tuer revient à nier l’altérité de la personne d’autrui. Tu ne tues pas uniquement une personne, tu tues des souvenirs, des expériences etc.
Il est difficile de tuer quelqu’un qui te regarde en face : tu vois sa peur, sa souffrance, parfois sa surprise. En somme, tu vois toute sa vulnérabilité.
Tu vas être bloqué devant ce visage, implorant, au comble de sa vulnérabilité
(après il y a toujours les psychopathes qui se réjouissent de cette vulnérabilité mais pour le commun des mortels le visage de l'autre est ce qui empêche de tuer).Parfois, un meurtrier renonce même à tuer sa victime, parce qu’il la voit fragile (ivre par exemple). Ce n’est pas un sursaut de la conscience morale qui empêche de tuer, mais c’est la fragilité de l’autre qui, littéralement, désarme le meurtrier.C'est plus clair ?
PS : @Laauraa.stvs le lien t'a aidée?